Le journal de bord de frère Duc Dinh

13 octobre 

Après avoir chargé ensemble les véhicules hier soir, ce matin, nous avons dit au revoir aux frères. J’ai pris le temps de m’asseoir près de la cabane de Thay, de saluer le grand tilleul, et de faire un tour du hameau.

Thay Phap Lieu a pris la parole devant l’ensemble des frères, il a dit quelques mots de respect et de gratitude au nom du groupe. Ensuite, nous nous sommes rendus dans la salle de transformation pour toucher la terre devant le Bouddha et nos ancêtres spirituels. Une manière de nous remémorer, de nous connecter à la rivière de pratiquants qui avant nous ont fait le même travail que nous entreprenons aujourd’hui, puis d’entrer en contact avec leur énergie de pratique, et de leur demander leur soutien sur notre chemin.

Ce soir-là, nous avons été reçus par les sœurs de la maison de l’inspir avec de la joie et plein de bonnes choses à manger. Elles ont passé huit ans à prendre soin du centre de pratique sans avoir de frères résidant aux alentours, alors elles sont heureuses de nous voir arriver pour partager, pratiquer et agir côte à côte. Je trouve que nous avons tellement de chance d’arriver dans de telles conditions. Un lieu si beau, un parc avec un ruisseau, des fruitiers, des arbres centenaires, un jardin déjà aménagé, des recoins tranquilles, une maison dont certaines parties sont déjà parfaites pour recevoir des gens, deux véhicules neufs offerts par un ami de la Sangha, et des frères motivés à faire vivre ce centre de pratique. Un environnement sain et nourrissant, beaucoup de soutien de la Sangha laïque, des sœurs qui sont toujours très généreuses et prêtes à nous rendre service, des gens aux alentours qui nous respectent et nous aident.

17 octobre

Salle de méditation - Monastère de la source Guérissante - Verdelot - Village des pruniersCe soir, nous nous sommes assis ensemble dans l’ancienne chapelle des sœurs Augustines. C’était notre première méditation assise collective. Frère Dao Phuong avait préparé la chapelle très joliment, il y avait de la beauté et une belle énergie dans la pièce. Nous avons célébré une cérémonie pour précéder notre arrivée dans la future résidence monastique et nous présenter aux ancêtres et aux sœurs. Ensuite, nous sommes sortis tous ensemble et nous avons répandu tout autour des lieux de vie un peu de la terre du Hameau du haut (qu’un frère avait récoltée pour nous avant notre départ), et de l’eau de la source guérissante.

2 novembre

 Depuis quelques jours nous avons pris possession de nos chambres, que nous partageons à deux ou trois frères. Je prends pied dans la mienne, j’apprivoise les lieux et la présence de mes deux frères avec qui je partage une chambre pour la première fois. Nous avons pris un peu de temps pour nous installer, acheter des lits, meubles et matelas, rendre notre lieu de vie beau et chaleureux. Avec un frère, nous avons choisi de fabriquer nos lits et étagères, j’y ai pris beaucoup de plaisir. J’ai invité mon père et mon grand père en moi-même à le faire avec moi. C’est une activité manuelle à travers laquelle tous deux se sont réalisés et ont exprimé leur amour.

Ce soir dans ma chambre, mes yeux se posent sur un bol de terre cuite, qui porte cette inscription : « I entrust myself to the earth » (“je m’en remets à la terre avec confiance”). Je ne sais pas d’où il vient, quelqu’un l’a laissé là. Je le prends au creux de mes deux main, je bois un thé chaud et je lâche prise. Je m’en remets à la terre avec confiance. Je bois le bol du moment présent. Avec les joies, les peines, les colères, les agitations, la détente, la tension, avec confiance. Voilà le cocktail que m’offre la terre, je m’y abandonne.

20 novembre

Chers ami(e)s, je suis un frère novice du Village des Pruniers, nouvellement installé au Monastère de la Source Guérissante. J’aimerais vous remercier de rendre cette aventure possible grâce à votre participation, financière ou sous d’autres formes. Je vois qu’il y a eu dans le passé des abus et beaucoup de souffrance en lien avec les religions dans nos pays européens notamment. Ces difficultés furent souvent entraînées par la présence d’afflictions telles que l’avidité en termes de possession, de pouvoir ou de célébrité, l’ambition, le dogmatisme et le fanatisme au sein des pratiquants spirituels et religieux et des structures qui les soutenaient. Je crois que ces caractéristiques sont présentes en tout être humain sous forme de potentiel, et se manifestent plus ou moins selon les situations. Je le vois bien en moi-même, et dans les autres personnes. Bien que la plupart d’entre nous ne sommes pas toujours établis dans la vertu, je crois que nous, les frères et sœurs du Village des Pruniers, avons suffisamment de bonnes conditions pour travailler ensemble et veiller à ce que nos grandes actions collectives aillent dans le sens de la compréhension et de l’amour. La pratique sincère de la pleine conscience, la vie et les prises de décisions en communauté font partie des éléments qui nous permettent de veiller les uns sur les autres, de nous entraider pour prendre soin de ces graines d’afflictions et arroser celles de la générosité, la sincérité et la vision profonde.

Il y a cette vieille complicité, cette coopération entre pratiquants monastiques et pratiquants laïcs, qui a depuis des centaines d’années permis de faire évoluer notre conscience collective, ainsi que de faire progresser nos sociétés, et qui a joué un rôle important dans la transmission de génération en génération de la sagesse et de l’art de cultiver la paix et l’amour dans le monde et dans les individus. Pour maintenir la communauté monastique et lui permettre d’évoluer, de grandir, se déplacer, soutenir la pratique dans diverses directions où elle est appelée, nous avons besoin non seulement de la pratique et du regard de chacun, mais aussi de contributions matérielles et financières. C’est dans cet esprit que nous vous demandons votre soutien pour réaliser notre aspiration commune. Et c’est de ces aspirations communes, des relations qui se tissent autour d’elles, et de leur réalisation dont nous nous nourrissons quotidiennement, nous frères et sœurs monastiques et frères et soeurs laïcs. C’est pour cela que je sens de la gratitude. J’ai à cœur de cultiver ce regard, cette compréhension afin que le respect et la gratitude soient présents de plus en plus au cours de mon quotidien, dépassant les petits problèmes et limitations pour créer des relations plus profondes et nourrissantes avec vous tous, amis, enfants de la terre.

Monastère de la source Guérissante - Verdelot - Village des pruniers

2018-12-14T16:31:51+00:00Actualités, Interview|