Interview avec Frère Chan Phap Lieu

Pourquoi avez-vous voulu rejoindre l’équipe du monastère de la source guérissante ?

Avant d’être moine, j’étais médecin. Et je sais, d’après ma propre expérience, que les médecins et les infirmiers souffrent beaucoup. Ils peuvent rencontrer des difficultés à entretenir l’harmonie et la bonté aimante en eux. Mon souhait est d’apporter la pratique de la pleine conscience et de la joie à ceux qui travaillent dans le domaine médical.

Plum Village - Healing Spring Monastery - ParisJe souhaite aussi rendre hommage au pays qui m’a nourri. J’ai dû fuir du Sud du Vietnam avec mes parents en 1981, quand j’avais 13 ans, et nous sommes venus en France – je dis toujours que le Vietnam est ma mère biologique, et la France ma mère d’adoption. Être moine au Monastère de la Source Guérissante et y offrir ma pratique est un moyen très concret de donner un peu en retour au pays qui m’a reçu. J’aimerais particulièrement faire quelque chose pour lutter contre les hauts taux de suicide parmi les jeunes, en France. Nous avons les outils pour construire une île de pleine conscience et de joie, et pour les diffuser dans la société.

Comment êtes-vous devenu moine ?

J’ai eu la chance d’avoir un oncle qui venait régulièrement au Village des Pruniers, parce qu’il rencontrait des difficultés dans son mariage. Cet oncle était un modèle pour moi ; c’est lui qui a planté en moi la première graine, qui m’a introduit à la pratique. La seconde graine a été plantée par une soeur du temple vietnamien auquel je me rendais de temps en temps. Elle a organisé un week-end de retraite dans le temple où elle vivait, à Marseille, et j’ai eu l’occasion d’y rester quelques mois. Ensuite, je suis venu au Village des Pruniers une semaine en 1995, pour y pratiquer la méditation assise. Un jour, la concentration pendant l’assise est devenue tellement intense que je ne sentais plus mon corps – alors j’ai pensé que j’avais atteint l’illumination (rires). Je me suis dit qu’être moine devait être plutôt agréable, d’être dans cet état de concentration tout le temps. Je ne l’ai plus jamais atteint ! (rires) Comme quoi, quand on cherche quelque chose, on ne le trouve jamais.

Peace is every breath - Thich Nhat Hanh - Plum VillageJe suis retourné à mes études et j’ai eu une relation amoureuse qui m’a causé beaucoup de souffrance. Alors je suis revenu au Village des Pruniers, et j’ai tenté de guérir de cette blessure. Au moment d’obtenir mon diplôme, j’avais deux choix, deux vocations : devenir médecin, ou devenir moine. Le chemin monastique est une sacrée aventure, on ne sait jamais ce qui va arriver ! Alors que dans l’autre cas, carrière, famille, etc. : on sait ce qui nous attend. J’aime l’aventure, alors j’ai choisi de devenir moine ! Quinze ans après, je n’ai aucun regret.

Avez-vous une citation favorite ?

J’admire beaucoup Gandhi, qui a dit un jour : “Ma vie est mon message.” Ma pratique est de vivre authentiquement. J’ai besoin d’être vrai, authentique, dans tout ce que j’apprends, je m’entraîne à ne pas cacher les parts faibles ou sombres de moi-même. Mon inspiration est d’incarner la pratique et d’incarner ce que je dis, d’être authentique. C’est ma direction.

Rédaction : Frida Laux
Traduction : Louis Nagot

Aidez-nous à poursuivre le travail de notre Maître Thich Nhat Hanh en plantant les graines de pleine conscience près de Paris. Ensemble, nous pouvons établir un nouveau centre de pleine conscience du Village des Pruniers pour soutenir la communauté francophone.

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2018-11-17T13:33:19+00:00Actualités, Interview|